LEGAL INSIGHT
Intelligence juridique & sociale


10 janvier 2014

HONORAIRES DES AVOCATS :
RÉFLEXIONS DÉSORDONNÉES ET INHABITUELLES

La période de facturation est souvent un moment de tension et de doute au sein des cabinets d’avocats car celle-ci cristallise ordinairement le continuel décalage entre, d’un côté, le point de vue de l’avocat basé sur l’aversion au risque et le taux d’effort (le temps passé) et, de l’autre, le point de vue de son client basé sur le pragmatisme d’une solution positive et le résultat dégagé (la plus-value créée).


D’un strict point de vue théorique, celle-ci devrait au contraire refléter la matérialité de la convergence entre le temps travaillé et les heures effectivement payées.


Or, tous ceux qui ont un jour travaillé en cabinet d’avocats le savent : il n’en est rien. Cette dichotomie se reflète généralement au-travers des factures reçues par les clients, générant une insatisfaction chronique des directions juridiques sous pression afin d’optimiser, voire réduire, le montant des honoraires de leurs conseils externes qui – de leur côté – ne cessent d’augmenter. Les factures d’honoraires sont tout sauf anodines et constituent, au contraire, un vrai livre ouvert sur l'organisation, la productivité voire les dysfonctionnements des cabinets d’avocats.


C’est pour ces raisons que les cabinets d’affaires doivent se doter de véritables outils modernes de gestion (knowledge management, gestion & facturation, GRH et talent management, etc.) mais aussi et surtout développer de vraies politiques commerciales réfléchies et transparentes, transformant en opportunités les contraintes nouvelles qui pèsent sur eux notamment par l’implémentation croissante de puissants outils de collective et de pilotage budgétaire de l’activité juridique tels que Ty Metrix (édité par Wolters Kluwer) ou Legal Spend Management (édité par Datacert).



17 octobre 2013

cinq défis majeurs des directions juridiques pour demain

Alors que durant les 30 Glorieuses les États ont continué d’assumer la fonction de régulateur de l'ordre public économique, les conséquences de la mondialisation ont annihilé une grande part de la souveraineté régulatrice de ces derniers et ont irrémédiablement transféré sur la tête des entreprises la responsabilité de leur propre sécurité économique désormais qualifiée de « bien collectif », démontrant ainsi le passage de la sphère publique à la sphère privée d’une partie de l’ordre économique mondial. 


Or, la condition première de la sécurité économique est bien évidemment la sécurité juridique, laquelle ne peut plus être assumée par les seuls États. Il suffit de regarder la place de la contrefaçon dans le commerce mondiale pour s’en rendre immédiatement compte. Dans ce contexte, le corps des professions juridiques dans son entièreté (directions juridiques, avocats, conseils, etc.) doit prendre conscience que l’expertise brute ne suffit plus. 


 


29 janvier 2013

les avocats doivent faire leur révolution

réflexions sur le modèle économique des cabinets d’avocats d’affaires


Attaqués de toutes parts, les avocats d’affaires français sont depuis plusieurs années maintenant, et plus particulièrement en ces temps de crise, au cœur d’une crise profonde qui, si le laissez-faire actuel demeure, pourrait aller jusqu’à menacer Paris comme place internationale du droit.


Pour la première fois depuis longtemps, les avocats ont connu en 2011 une très légère baisse de leurs revenus après vingt ans de croissance continue, baisse que les avocats avaient réussi à anticiper lorsqu’ils avaient obtenu en 2011 une extension législative (loi n°2011-331 du 28 mars 2011) de leur périmètre d’intervention, pensant ainsi contrer la baisse prévisible de leurs revenus et la place de plus en plus importante des juristes d’entreprise. Mais les avocats se trompent de combat, le mal est beaucoup plus profond que cela et la défiance des clients envers leurs avocats n’a jamais été aussi importante.


Il est grand temps que les avocats repensent en profondeur leur place dans la société et dans l’économie et, ce faisant, leur modèle économique, part la plus visible et la plus contestée par leurs propres clients.

 

5 novembre 2012

LE COÛT DU « CRÉDIT JURIDIQUE » :
questions autour du financement de la culture juridique

La question de l’intégration du droit comme vecteur de développement tactique et stratégique des entreprises et plus largement la question de l’accès au droit des entreprises françaises se posent manière récurrente.


Deux éléments suffiront à s’en  convaincre : le Conseil d’État abordait dans l’un des rapports d’activité déjà ancien la question de la « fracture juridique » et de son côté l’Association Française des Juriste d’Entreprises (AFJE) ne dénombre aujourd’hui que 0,9 juriste par entreprise sur le sol français en 2010. Pourquoi les entreprises françaises tardent-elles tant – contrairement à de nombreux homologues étrangers - à intégrer la dimension juridique dans leur stratégie de développement ? Est-ce parce que la fonction juridique – à l’instar de la fonction RH – est généralement vue à tort comme un centre de coûts plutôt qu’un centre de profits ?


 


23 août 2012

une profession juridique en devenir : analyste en valeur juridique ajoutée

Les récents travaux[i] des Professeurs Christophe Collard et Christophe Roquilly sur la notion de « performance juridique » constituent une grande avancée, voire même probablement un futur ouvrage de référence, pour l’ensemble des praticiens français et une brillante tentative de combler une part du fossé qui nous sépare encore de nos confrères américains qui, en la matière, possèdent plusieurs années d’avance.


Peut-être est-ce là le signe d’un pragmatisme plus évident de la part de nos confrères de la Common Law qui ont – depuis longtemps – intégré dans leur démarche l’analyse économique et sociologique du droit, y compris dans sa dimension pratique. Sans rien enlever – bien au contraire - au mérite des auteurs de l’ouvrage précité, il est néanmoins frustrant que ces derniers n’aient pas développé plus avant les implications pratiques de la notion de performance juridique au sein de la fonction juridique elle-même.